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Trente alertes par jour : comment Monique a retrouvé le calme

Thierry Dubois

7 minutes de lecture

Un après-midi d'automne, Monique est venue avec un téléphone qui sonnait sans cesse. Voici comment nous avons gardé trois notifications utiles, application par application, et laissé le reste de côté.

Trente alertes par jour : comment Monique a retrouvé le calme

Un téléphone qui ne se tait jamais

Monique a soixante-neuf ans et vit près de Dinant. Elle est arrivée à l'atelier avec son GSM posé face contre la table, comme on pose un objet qui dérange. Dès les premières minutes, il a vibré trois fois de suite. Elle s'est excusée, un peu gênée, avant même que j'aie dit quoi que ce soit.

Elle m'a expliqué qu'elle n'osait plus le regarder. Messages de magasins, alertes de jeux installés par un petit-enfant, rappels d'applications qu'elle ne se souvenait pas d'avoir ouvertes : tout se mélangeait. Pendant ce temps, un vrai rendez-vous chez le kinésithérapeute lui avait échappé le mois précédent, noyé au milieu du reste.

Je lui ai dit que ce n'était pas un défaut de sa part. Un téléphone neuf active par défaut presque toutes les alertes, et personne ne vous demande votre avis au moment de l'installation. Notre travail ne consistait donc pas à tout éteindre, mais à décider, avec elle, ce qui méritait de sonner.

Nous avons convenu d'une règle simple pour l'après-midi : on ne touche à rien sans qu'elle ait dit oui, et chaque réglage modifié est expliqué à voix haute. Elle gardait le téléphone dans ses mains, c'était elle qui appuyait.

Faire le tour des applications une par une

Nous avons ouvert les réglages de notifications et fait défiler la liste complète. Monique a été surprise : plus de trente applications avaient le droit de lui envoyer des alertes. Je lui ai proposé de prendre une feuille et d'y écrire seulement trois colonnes : à garder, à réduire, à couper.

Application par application, je posais toujours la même question : si cette alerte n'arrivait pas, qu'est-ce que vous perdriez ? Pour la messagerie familiale, la réponse était claire : elle voulait des nouvelles de sa fille. Pour la boutique de vêtements, elle a ri et dit qu'elle ne perdrait rien du tout.

Cette question évite de décider dans l'abstrait. Elle ramène chaque réglage à un geste de la vie réelle, et Monique a vite pris le rythme. Au bout d'une demi-heure, elle ne demandait plus mon avis : elle tranchait seule et m'annonçait sa décision en touchant l'interrupteur.

Nous avons gardé la durée des pauses courte, avec un verre d'eau entre deux séries d'applications. Un réglage appris dans la fatigue ne tient pas, et mieux vaut en voir moins, mais les retenir.

  • Une feuille à trois colonnes : garder, réduire, couper
  • Une seule question pour chaque application
  • Une pause après huit ou dix applications

Ce que nous avons gardé, ce que nous avons coupé

À la fin, Monique conservait trois sources d'alertes : les messages de sa fille, le calendrier pour ses rendez-vous médicaux et l'application de sa banque pour les mouvements importants. Tout le reste est passé en silence ou a été coupé, sans rien désinstaller, pour qu'elle puisse revenir en arrière.

Pour les messages, nous avons choisi une alerte discrète : un petit signe sur l'écran, sans son prolongé. Pour le calendrier, au contraire, nous avons gardé un son net, la veille au soir et deux heures avant. C'est elle qui a fixé ces horaires, en pensant à son trajet.

Un point nous a pris du temps : les alertes sur l'écran verrouillé. Elle ne voulait pas que le contenu d'un message soit lisible par quelqu'un posant les yeux sur son téléphone, sur la table du café. Nous avons donc masqué le texte et gardé seulement le nom de l'application.

Ce petit réglage de confidentialité fait partie de l'habitude que nous voulons laisser à chaque séance : savoir ce que l'écran montre aux autres avant de décider qui peut le voir.

  • Gardé : messages de sa fille, calendrier, application bancaire
  • Silencieux : actualités, boutiques, jeux
  • Contenu masqué sur l'écran verrouillé

Un réflexe de prudence qui s'y ajoute

En parcourant les réglages, nous sommes tombés sur une alerte qui annonçait un prétendu colis en attente. Monique l'avait reçue deux fois et n'avait pas su quoi en penser. Plutôt que de lui faire peur, j'ai simplement montré comment vérifier d'où venait l'alerte : le nom de l'expéditeur, l'application concernée.

Elle n'attendait aucun colis, et l'application n'était même pas installée chez elle : le message arrivait par un autre canal. Nous avons conclu ensemble qu'une alerte qui demande d'agir vite, sans que vous l'ayez sollicitée, mérite qu'on s'arrête et qu'on demande conseil avant de toucher.

Je ne tiens pas à ce que les participants se méfient de tout. Je préfère qu'ils prennent l'habitude d'un geste calme : regarder l'expéditeur, attendre une minute, en parler à un proche si un doute subsiste. Monique a noté cette phrase au dos de sa feuille, en grand.

Ce réflexe vaut pour les notifications, mais aussi pour les invitations de calendrier reçues d'inconnus, que nous traitons dans d'autres séances. Une habitude à la fois, c'est le principe de tout notre travail.

Deux semaines plus tard

Monique m'a appelé au bout de quinze jours, sans raison particulière, simplement pour me dire que son téléphone avait changé de caractère. Elle l'avait posé sur la table du salon pendant tout un repas sans y penser. Elle avait entendu le rappel de la veille pour le kinésithérapeute et s'y était rendue sans stress.

Elle m'a aussi raconté avoir ajouté seule une alerte : le rappel de ses médicaments, qu'elle avait réglé elle-même d'après les fiches imprimées de la séance. Elle ne l'avait pas fait en notre présence, et c'est ce détail qui m'a fait le plus plaisir.

Tout n'est pas parfait. Une application a remis une alerte en route après une mise à jour, et elle a dû retourner dans les réglages. Nous avons repris la feuille ensemble, par téléphone, et elle a retrouvé le bon interrupteur en quelques minutes.

Je lui ai rappelé que c'est normal : les réglages bougent, et revenir les vérifier de temps en temps fait partie de la méthode. Rien n'est jamais définitif, et c'est elle qui décide chaque fois.

Ce que nous en retenons pour les autres séances

Le cas de Monique n'a rien d'exceptionnel. Presque chaque personne qui arrive avec un téléphone envahi pense que le problème vient d'elle. En réalité, un appareil neuf est réglé pour parler beaucoup, et seule une personne qui l'utilise peut décider de ce qui vaut la peine d'être entendu.

Notre façon de travailler tient en peu de choses : une seule tâche par séance, une feuille de papier, une question répétée, et une décision toujours prise par la personne. Nous ne touchons jamais à un réglage sans accord. Cela demande du temps, mais cela évite les retours en arrière et les mauvaises surprises.

Si votre téléphone sonne trop, vous pouvez commencer seul : ouvrez la liste des applications autorisées à vous envoyer des alertes et posez-vous la question de Monique. Si l'écran vous semble trop dense, un atelier ou une séance en visioconférence permet de le faire à plusieurs, sans hâte.

Nous gardons à l'esprit que chaque réglage est le vôtre. Vous pouvez le défaire, le reprendre, ou le laisser tel quel aussi longtemps que vous le souhaitez.

  • Commencer par la liste des applications autorisées
  • Décider application par application, jamais en bloc
  • Revenir vérifier les réglages après une mise à jour

Monique n'a pas appris à maîtriser son téléphone en une après-midi, et ce n'était pas le but. Elle a appris à regarder ce qui sonne, à demander ce qu'elle perdrait en le coupant, et à décider seule. Trois alertes utiles valent mieux que trente qu'on n'écoute plus. C'est une habitude modeste, qui se transmet bien et qu'on peut refaire à tout moment.

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